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dimanche, janvier 13, 2008

Au revoir, au revoir....

Il y a des évènements que l'on sent venir de loin.

Un je ne sais quoi de suite d'indices et de petits détails qui vous font dire "tiens, celui-là nous cache quelque-chose !".

En l'occurrence, celui-là était mon chef.

Je ne vous ai jamais parlé de mon chef ?
Ah, c'est dommage...

Bref, quand votre chef enchaîne les réunions avec votre bien aimé président et votre DRH, quand il vous cale un point équipe en insistant lourdement qu'il doit avoir lieu à une date et heure précise (en fait, la seule permise par son agenda troué de "rendez-vous privés") bref... l'ancien adage japonais Yamamout tsukayou est plus d'actualité que jamais.

C'était une histoire de jours, d'heures, on le savait.

Mais quel jour exactement allait-il nous annoncer la grande nouvelle.

Il fallait guetter le geste qui le trahirait.
Et le geste a eu lieu le vendredi matin, lorsque il est arrivé et qu'il nous a décléré :
"Vous voulez un café ?"

Ok, plus de doutes, il se casse, et c'est son dernier jour.

Bon, je vous rassure, juste avant il avait bien évidement pris soin de vérifier la présence de gobelets remplis et fumants sur notre bureau, pour ne pas avoir à débourser quoi que ce soit.

Mon collègue et moi attendons la fameuse réunion équipe qui avait lieu une heure plus tard.

Le chef nous fait monter.
Oh surprise, notre bien aimé président nous rejoint, mon supérieur arborant le sourire de l'annonce choc qui lui brûle les lèvres mais qu'il ne veut pas sortir de suite pour ne pas gâcher l'effet tant préparé.

Pendant ce temps là, le taux de suspense chez l'équipe flirtait avec les 0.7%

"Bon, les enfants, j'ai une nouvelle à vous annoncer, je sais que vous risquez d'être surpris devant ce fait inattendu mais..."
Et nous en coeur :
"Tu te casses ce soir c'est ça ?"

Léger blocage pré-traumatique de notre responsable.

Profitant de ce blanc, notre PDG prend la parole :
"Oui, donc, comme vous l'avez deviné, c'est aujourd'hui le dernier jour de Jean-Philippe..."
"Heu, je m'appelle Jean-Luc en fait."
"Ah oui, rigolo ça. Bref, votre chef s'en va de lui-même vers de nouveaux horizons pour réaliser ses rêves d'enfants (ce qui nous évite de le virer, du coup ça tombe super bien) et vous deux allez allez donc profiter d'un léger changement d'organigramme."

Commencent des rêves de fauteuils en cuirs, de responsabilités mirobolantes, notre mot à dire dans la stratégie agence et clients, secrétaires à poitrine généreuse tapant les comptes rendus de réunion avec comme compétence massage thaïlandais en LV2.

"Tout d'abord, je vous rassure, votre boulot ne changera pas..."
(zut)
"...même si on réfléchit à vous donner la gestion des opérations de communication interactive en prime..."
(ARRRRG, pot de pus en puissance)
"...au niveau de l'organisation vous dépendrez directement de moi..."
(Youhou, enfin une bonne nouvelle)
"mais dans les faits vous serez peut-être plutôt amenés à travailler directement avec Miss Tazz."

Accélération de la vitesse de circulation du sang dans le corps humain.
Tentative d'autodécapitation de mon collègue avec ses ongles pendant que j'entreprends un début de défenestration.

Peine perdue, manucure la veille pour l'un, rez-de-chaussée pour moi.

Résignés, nous restons sagement assis à nos sièges, dans un état végétatif où seul un écoulement de bave témoigne d'un signe de vie chez nous.

Notre président part, notre chef reste avec nous.
"Vraiment, vous aviez deviné que je partais ? Vous êtes forts, c'est incroyable, je pensais que vous ne vous en douteriez pas."

Oui, c'est à ce genre de remarques que l'on découvre que notre chef est un fin machiavélique maniant à la perfection la fausse naïveté dans le but de mise en place de véritables stratégies personnelles à des fins professionnelles.
Enfin, c'est ça ou alors il était sincère et dans ce cas il est réellement idiot.

"Vous avez peut-être des questions, ou bien quelque-chose que vous souhaitez dire. Après tout cela fait tout de même un an que nous travaillons ensemble."
"J'prends ton bureau enculé !"
(l'authenticité de cette réplique a été certifiée par le cabinet qui a vérifié les comptes d'ENRON)

Léger malaise signalé par les quelques gouttes de sueurs perlant sur son front, vite dissipé par ce retour de franche camaraderie nous caractérisant tant, nous, hommes du marketing.
"Bon, je vous propose de retourner bosser"

Retour en 4° vitesse à mon poste, et là, horreur !
Le mail qui annonçait son départ dsponible dans la boite mail de tous les employés.

C'est inadmissible, même pas le temps de diffuser la rumeur auprès des collègues, elle était déjà confirmée.
Qu'est-ce que c'est que ces gens qui nous empêchent de faire notre travail de pimbêche correctement !

Bon, un mail très digne, correct, pour dire qu'il a adoré bosser dans l'agence, qu'on va sûrement lui manquer, qu'il aurait donné n'importe quoi pour rester mais qu'il se sentait mû par une inspiration divine et qu'il devait partir pour monter le projet de sa vie, celui dont il aspire depuis longtemps : devenir un entrepreneur et peut-être rencontrer ainsi Loïc Le Meur.

Bon, en somme, un mail classique de toutes les personnes qui quittent la boite en bons termes. Ce qui la quittent en mauvais terme n'envoient pas de mail.
Ce qui est dommage d'ailleurs, quel plaisir cela donnerait de recevoir dans ses courriers électroniques un message du genre :

"Salut les nazes, bien content de quitter votre boite pourrie pour aller enfin faire un boulot sympa dans une agence créative. Je ne vous file pas mes coordonnées perso car je ne veux plus entendre parler de vous mais en revanche je vous chie à la gueule"
Oui, toujours terminer son mail d'insulte sur une once de poésie pour faire passer ses propos orduriers comme une lettre à la poste.

Je tiens toutefois à souligner la présence d'esprit de notre chef de ne pas tarir d'éloges son équipe afin de ne pas nous accabler plus que nous ne l'étions par l'annonce de son départ.
Des remerciements dédiés nous auraient mis encore plus à l'aise que nous ne l'étions, c'est certain. Je pense donc pouvoir dire un grand merci à l'absence totale de témoignage en faveur de moi ou de mon acolyte.

Plus que quelques heures et c'était la fin de sa présence dans la boite.
En bon responsable marketing qu'il était, il espérait sans doute pouvoir partir en lâche, sans un mot.

C'était sans compter sur la présence majoritaire de poches et de d'assoiffés qui dès l'annonce de son départ n'ont cessé de l'harceler :

"Tu fais un pot j'espère pour ton départ !"
"Heu, en fait, je n'avais pas prévu tout à fait de...."
"Ah si, tu vas faire un pot !"

Résigné, le voilà don obligé de partir faire des courses dans la Lada rose bonbon de l'agence. Je fais une parenthèse pour signaler qu'en 10 ans d'existence cette voiture n'a fait l'objet d'aucune tentative de vol, incroyable n'est-ce pas ?

Et là, tous trépignaient d'avance.
Cet homme qui n'avait cessé de vanter le luxe, la classe et l'apparence en nous signalant à chaque nouveau costume la valeur monétaire de celui-ci, cet individu préconisant un libéralisme jusqu'au-boutiste , oui, ce type ne pouvait que partir sur un festin de rois dont toutes les papilles se souviendraient longtemps.

18H sonnent...
Mais pas chez nous en fait parce qu'on n'a pas d'horloge mais que l'heure sur les ordi.

Voilà l'homme tant attendu qui reviens avec.... 3 saucissons premier prix, des gâteaux apéritifs au fromage et 4 paquets de Tucs...

Bon, la nature crevarde étant prédominante sur le reste, tout est parti en trente minutes, ce qui a permis au chefs de projet de retourner bosser à leur poste pendant que je déménageait mes affaires sur la place bientôt vacante de mon supérieur en déplaçant les siennes sans la moindre gêne.

Arrive la fin de l'après-midi, tout le monde s'était déjà barré et ne restaient que quelques rares personnes, dont votre serviteur.

Je l'ai vu partir, la silhouette de sa petite personne disparaissant peu à peu, me laissant là, orphelin presque.

Et là seulement j'ai enfin réalisé ce que son départ signifiait...

C'est que je vais enfin pouvoir vous parler de mon chef sur ce blog et vous livrer de nouvelles histoires incroyables ! ! !

CHOUETTE